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14/2/17

Au début était l’inconscient 'Catherine Paumier




Catherine Paumier



Au début était l’inconscient : le rêve de l’Injection faite à Irma

La Science des rêves et l’injection faite à Irma
« Aucun de mes travaux n’aura été si complètement le mien ; c’est mon propre fumier » (S. Freud, La naissance de la Psychanalyse, lettre n°107 : PUF Paris, p249)
INTRO
Pour cette soirée, j’ai choisi de m’intéresser bien évidemment à l’inconscient. ; l’inconscient tel que Freud l’a découvert  en démontrant, entre autres, que le rêve est interprétable et à interpréter .
A ce titre la Traumdeutung est une initiation à l’inconscient. Elle forme avec  la Psychopathologie de la vie quotidienne et Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient l’essentiel de la démonstration historique de Freud de sa découverte.  C’est  le rêve de Freud de L’injection faire à Irma plus particulièrement que je souhaite examiner ce soir. Ce rêve se trouve donc dans la Traumdeutung qui fut publiée et mise en vente le 4 Novembre 1899 pour la première fois alors que Freud n’avait que 43 ans.  Cet ouvrage sera réédité huit fois de son vivant.  C’est dans cet ouvrage que Freud déclare le rêve comme voie royale vers l’Inconscient et élève le rêve de l’Injection faite à Irma comme paradigme du rêve. L’ouvrage est censé placer le rêve dans son ensemble comme la clé qui ouvrira la porte de l’inconscient
La Traumdeutung occupe un moment particulier dans l’élaboration de Freud : il va abandonner sa théorie de la séduction.
La lettre à Fliess du 21-9-97 en fait état : « Il faut que je te confie tout de suite le grand secret qui s’est lentement fait jour au cours de ces derniers mois. Je ne crois plus à ma neurotica »
Freud découvre que les scènes de séductions auxquelles ils imputaient l’éthiologie des névroses  sont bien souvent fantasmées.

« S’il est vrai que les hystériques ramènent leurs symptômes à des traumatismes fictifs, le fait nouveau est bien qu’ils fantasment de telles scènes ; il est donc nécessaire de tenir compte, à côté de la réalité pratique, d’une réalité psychique. Bientôt l’on découvrit que ces fantasmes servaient à dissimuler l’activité auto-érotique des premières années de l’enfance, à les embellir et à les porter à un niveau plus élevé. Alors, derrière ces fantasmes, apparut dans toute son ampleur la vie sexuelle de l’enfant » « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique », 1914, trad. fr. Cinq Leçons sur la psychanalyse, Paris, Payot, pp. 83-84.
L’effet de ce rêve de l’injection faite à Irma sur Freud est tel que c’est cinq ans plus tard qu’il va lui donner la puissance d’un acte fondateur. Cinq ans après avoir fait ce rêve, le 12/07/1900, à l’orée du vingtième siècle, il écrit à Fliess  qu’il s’est pris à imaginer que grâce à ce rêve et à l’interprétation qu’il en a faite on pourra graver un jour après sa mort en épitaphe sur sa maison :  « Ici le 24 Juillet 1895, pour la première fois l’énigme du rêve a été dévoilée par Sigmund Freud » . C’est dire à quel point ce rêve qualifié par Lacan de « rêve initial ,le  rêve des rêves, le rêve inaugural » compte dans la théorie freudienne de l’inconscient.
En même temps c’est parce que Freud avait su interpréter les symptômes (hystériques) qu’il a su de la même manière interpréter les rêves. Pour lui il y avait analogie : un texte était là a déchiffrer. Considérant les termes du Tanach qui dit qu « un rêve non déchiffré est une lettre non lue » Freud s’y est attelé .
Voici maintenant le rêve :
« Un grand hall- beaucoup d’invités, nous recevons . Parmi ces invités  ,Irma, que je prends tout de suite à part, pour lui reprocher en réponse à sa lettre, de ne pas encore avoir accepté ma « solution » (Lösung) . Je lui dis : « si tu as encore des douleurs, c’est réellement de ta faute. » Elle répond : « Si tu savais comme j’ai mal à la gorge , à l’estomac et au ventre, cela m’étrangle ». Je prends peur et je la regarde. Elle a un air pâle et bouffi ; je me dis : n’ai je paq laissé échapper quelque symptôme organique ? Je l’amène près de la fenêtre et j’examine sa gorge. Elle manifeste une certaine résistance comme les femmes qui portent un dentier. Je me dis : pourtant elle n’en a pas besoin. Alors , elle ouvre bien la bouche ,et je constate, à droite ,une grande tache blanche, et d’autre part j’aperçois d’extraordinaires formations contournées qui ont l’apparence de cornet du nez, et sur elles de larges escarres blanc grisâtre. J’appelle aussitôt le docteur M., qui à son tour examine la malade et confirme. Le Docteur M ; n’est pas comme d’habitude, il est très pâle, il boîte, il n’a pas de barbe… Mon ami Otto est également là, à côté d’elle, et mon ami Léopold la percute par-dessus le corset ; il dit : «  Elle a une matité à la base gauche », et il indique aussi une région infiltrée de la peau au niveau de l’épaule gauche (fait que je constate comme lui malgré les vêtements). M. dit : il n’y a pas de doute, c’est une infection, mais ça ne fait rien ; il va s’y ajouter de la dysenterie et le poison va s’éliminer. »Nous savons également d’une manière directe, d’où vient l’infection. Mon ami Otto lui a fait récemment, un jour où elle s’était sentie souffrante, une injection avec une préparation de propyle, propylène…acide proprionique…triméthylamine (dont je vois la formule devant mes yeux, imprimée en caractère gras)… Ces injections ne sont pas faciles à faire…il est probable aussi que la seringue n’était pas propre ».

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Quelle interprétation Freud fait-il de ce rêve ?
On pourrait résumer sa conclusion et dire que, selon lui, ce rêve est une tentative d’explication au pourquoi de l’échec de Freud et de ses traitements sur Irma, et surtout une tentative de déculpabilisation vis à vis de l’échec. S’il est si important aux yeux de Freud, c’est que pour lui ce rêve est paradigmatique de la théorie qu’il veut défendre ; à savoir : le rêve est un accomplissement de désir inconscient. Ce qu’il essayera de démontrer à travers tout son ouvrage. Mais pour en revenir au rêve de l’injection, nous trouvons sous sa plume :
« La conclusion du rêve est que je ne suis pas responsable de la persistance de l’affection d’Irma, et que c’est Otto qui est le coupable » (p 110) . Ce rêve enlève à Freud la responsabilité de la maladie d’Irma, son motif (au rêve) est un désir et « son contenu l’accomplissement d’un désir » (p 110). Le rêve renvoie  les reproches sur Otto qui avait agacé Freud à propos de la cure inaboutie d’Irma.
En effet, Irma ( de son vrai nom Emma Eckstein) est une patiente récalcitrante de Freud et une « amie très liée » (S. Freud p 98 L’Interprétation des rêves)  avec la famille, et pour tout dire surtout avec la femme de Freud.
Ces liens le mettent  dans l’embarras. En effet, un échec de la cure peut « compromettre une vieille amitié » (p99)
Freud est mécontent du résultat de la cure ;  les symptômes n’ont pas disparus, et il propose à Irma une « solution » (Losüng) qu’elle refuse, ce qui contrarie Freud plus encore.
 La cure se rompt. Otto , jeune confrère de Freud, revoit plus tard la malade et rapporte ,avec ce que Freud entend comme un reproche larvé, qu’  « elle va mieux mais pas tout à fait bien » (p 99). Freud entend dans ce reproche qu’il a « trop promis à la malade » (p 99) compte tenu du maigre résultat obtenu, ce qui l’agace. Le soir même il se met à écrire « l’observation d’Irma pour pouvoir la communiquer en manière de justification à notre ami commun le Docteur M… ». Dans la nuit qui suit il fait le rêve de l’injection.
Mais en quoi ce rêve est-il différent des autres ? En fait toutes ces idées étaient latentes, à portée du conscient.  Freud est consciemment mécontent de cette cure, consciemment agacé par Otto, il en veut consciemment à Irma pour sa résistance vis à vis de sa « solution » (Losüng)…
En quoi ce rêve est-il réalisation d’un désir inconscient ??? Et de quel désir s’agit-il ???
La première partie de l’interprétation du rêve, rêve que l’on peut diviser en deux temps, tente de donner un sens au rêve et fourni une articulation avec le désir de Freud de se déculpabiliser de l’échec du traitement. Certes ! mais comme déjà souligné, ce désir est conscient, bien présent la veille au soir en écrivant le compte-rendu du cas.
Et c’est bien ici que se situe la vraie découverte de Freud, non pas tant  que tout rêve soit la réalisation d’un désir inconscient , ce qui qui ici n’est pas probant ; que le rêve soit la voie royale de l’inconscient assurément, mais que le sujet de l’inconscient y apparaisse est ce que Lacan va pointer et élaborer.
Lacan ne va pas chercher à interpréter Freud plus que Freud ne le fait. « Ce serait absurde » (Séminaire II p 183). Il ne s’agit pas de cela. Lacan reprendra et le rêve et les interprétations de Freud , suivra Freud lorsque celui-ci affirme l’importance capitale de ce rêve , et piochera dans ce rêve et son interprétation des concepts qu’il développera plus tard dans son enseignement.
Lacan trouvait étrange ce que déjà pointé plus tôt : Freud connaît consciemment son désir d’être disculpé de tout ce qui le relie au traitement d’Irma. Alors pourquoi s’appuyer sur ce rêve pour prouver que le rêve est l’accomplissement d’un désir inconscient c’est à dire refoulé ??? (Freud fit  très tôt une analogie entre rêves et symptômes : tous deux étaient l’expression d’un désir inconscient. C’est ce dont témoigne L’interprétation des rêves. Ensuite Freud fera la liaison entre rêve, symptômes, lapsus, oublis et actes manqués qui tous renvoient au même processus de refoulement. Je ne développerais pas ici plus avant.)
Suivons Lacan dans le Séminaire II qui consacre deux leçons à ce rêve. Lacan se fait pour nous lecteur de Freud, qui lui a rêvé pour nous, la communauté analytique (Jacques Lacan, Séminaire II, p203) Lacan, et nous même, avons un avantage sur Freud. Nous pouvons lire le rêve en y incluant les élaborations de Freud. « A prendre ,nous, l’ensemble du rêve et de son interprétation. Là, nous sommes sur une position différente de celle de Freud » Séminaire II, p 210) . et c’est ainsi Lacan lèvera le paradoxe de l’inconscient freudien du rêve.
Que lit Lacan que n’a pas pu lire Freud?
La première partie du rêve s’introduit par un dialogue de Freud avec Irma où cette dernière refuse la « solution » proposée par Freud. Notons qu’en français tout comme en allemand il y a un jeu de mot avec les mots « solution » et « Losüng » qui peuvent se traduire tous deux et par « résolution » (d’un problème) et par « liquide ».
Le rêve dénonce donc le remède génital qui était conseillé aux hystériques par les spécialistes de l’époque Freudienne. Solution que Freud n’entérine pas. Mais son rêve dénonce aussi sa propre méthode ; à savoir qu’il pensait « alors (j’ai reconnu depuis que je me suis trompé) que ma tâche devait se borner à communiquer aux malades la signification cachée de leurs symptômes morbides ; que je n’avais pas à me préoccuper de l’attitude du malade : acceptation ou refus de ma solution, dont cependant dépendait le succès du traitement… » ( L’interprétation des rêves, S. Freud, p101)
Quelle que soit la « solution » (génitale et hypocrite puisque réfutant l’étiologie sexuelle de la névrose mais proposant le sexe comme « solution »  ou bien délivrer comme un oracle le sens sexuel des symptômes)  le rêve dit qu’aucune  d’elle n’est  la bonne.
C’est alors qu’à la demande de Freud, Irma ouvre la bouche( ce que Freud n’obtient pas d’elle dans la réalité.. . à savoir parler). Elle expose au regard de Freud l’innommable, l’indicible profondeur de sa gorge. La première partie de ce rêve « abouti au surgissement de l’image terrifiante, angoissante , de cette vraie tête de Méduse, à la révélation de ce quelque chose d’à proprement parler innommable, le fond de cette gorge, à la forme complexe, insituable, qui en fait aussi bien l’objet primitif par excellence, l’abîme de l’organe féminin d’où sort toute vie, que le gouffre de la bouche, où tout est englouti, et aussi bien l’image de la mort où tout vient se terminer. (………) Il y a donc apparition angoissante d’une image qui résume ce que nous pouvons appeler la révélation du réel (…) du réel dernier (….) ce quelque chose devant quoi tous les mots s’arrêtent et toutes les catégories échouent, l’objet d’angoisse par excellence » (J. Lacan Séminaire II p 196)
Mais Freud ne se réveille pas …il continue de rêver.
 Au lieu du réveil intervient dans le rêve une diffraction du moi .  la scène est envahie par une foule.
Jusqu’à présent en premier lieu le rêve se situait dans le domaine imaginaire dans le moment de dialogue avec Irma, elle ouvre la bouche et nous entrons dans le domaine du réel. Puis, effacement de Freud lorsqu’apparaît « la foule », les trois médecins qui représentent tous les médecins es-docteurs en vérité.
Un « trio de clowns » en vérité. (J. Lacan, Séminaire II, p 187)
Otto, le Dr M…, Léopold…Tous trois discutent de la maladie d’Irma et chacun y va de son savoir…tous « docteurs de la Vérité qui, d’une solution à l’autre, exercent leur maîtrise sur le désir de l’autre et continuent de méconnaître le leur » (S. Cottet, Freud et le désir du psychanalyste, p69). C’est en alter-égo de Freud qu’il faut voir ces médecins, des égos que le rêve désintègre.
(Ce que ces trois personnages viendraient figurer, ce sont les différentes couches identificatoires à partir desquelles s’est successivement composé le Moi freudien. Chacun renvoyant par association à des êtres chers dans l’histoire de Freud (ex. Dr. M. renvoie par association au demi-frère de Freud qui lui-même renvoie au Père de Freud soit à celui qui fait autorité), ils incarnent les figures identificatoires à partir desquelles s’est constitué par accumulation le Moi freudien.)
Au moment de la désintégration des différentes composantes du moi freudien alors apparaît une formule ; celle de la triméthylamine, lettres qui n’ont aucun sens et qui viennent à la place du réel que l’imaginaire essaye de recouvrir. Ainsi, sous le signifiant et sa signification, il n’y a rien d’autre que le réel de la castration que Freud rencontre.  Il n’y a plus d’associations. La triméthylamine apparaît comme étant le fin mot du rêve qui ne « veut rien dire sauf qu’il est un mot » (Jacques Lacan, Séminaire II, p 234). Ombilic du rêve nous dira Freud.
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Je vous ai amené jusqu’à ce point du rêve, où il y aurait encore

beaucoup de choses à dire, pour tenter de le prendre par un autre

biais en regard de l’avancée du travail des AE de l’Ecole.


En effet, quid de cette « triméthylamine » dans le développement

de la cure de Freud. Nous le savons, Freud est le père de la

psychanalyse, et en tant que tel le père du « péché originel » de

n’avoir pas fait d’analyse au sens orthodoxe du terme puisqu’il

l’inventait. Nous savons aussi que son « interlocuteur » était Fliess

et que son échange littéraire à servi de support à la cure de Freud.

De la même manière on peut y intégrer ses créations littéraires

tels justement cette Traumdeuntung. Mais écrire ce n’est pas

parler et lire ce n’est pas écouter.( cf. Conférences et Entretiens

dans des universités nord-américaines. Paru dans Scilicet n° 6/7,

1975, pp. 32-37.)

Lacan indique qu’en ce point du rêve, tout s’arrête, une limite est marquée en regard du sens du rêve. C’est la limite du chiffrage du rêve. Et combien même on le pousserait plus loin, il ne livrerait rien de ce qui en est du sens du sexuel et de la mort. Arrivé à ce point le sujet peut se réveiller. (Ceci dit Freud aurait dû se réveiller plus tôt, au moment même où Irma ouvre sa bouche et où se dessine l’image de l’horreur. Mais comme le signale Lacan, Freud ne se réveille pas à ce moment là car  « Freud est un dur » (P186 Séminaire II) et qu’il va « aller aussi loin qu’il peut aller dans l’ordre de l’angoisse » (p 199) et atteindra ce qu’il nommera l’ombilic du rêve. (S. Freud, L’interprétation des rêves p 446) ou l’Unerkannt, l’impossible à reconnaître (J. Lacan le Sinthome , Séminaire XXIII p 238). Ce qui ne se reconnaît pas est de l’ordre de ce qui ne peut pas se dire ni s’écrire.
Freud franchit quelque chose, il va au-delà de sa passion pour la vérité, au-delà de son moi ambitieux, au-delà du désir du Maître. Lacan souligne l’effacement de l’ego de Freud, l’annulation du moi de l’analyste (J. Lacan, Séminaire II, p 287), « condition de l’émergence d’un désir inconscient au-delà du narcissisme (qui n’est désir de personne) ; d’autre part, il s’agit d’un désir inhumain et fondamentalement transgressif en tant qu’il est à l’origine de la psychanalyste, qu’il inaugure l’acte analytique »(S. Cottet, Freud et le désir du psychanalyste, p70). C’est de ça qu’il s’agit lorsque le rêve signale que « la seringue était sale , la passion de l’analyste, l’ambition de réussir, étaient là trop pressantes, le contre-transfert était l’obstacle même. »( J. Lacan, Séminaire II, p 196)

En quoi ce rêve se différencie-t-il d’un rêve de fin d’analyse? En quoi le cartel de la passe considère qu’un rêve plus qu’un autre relève ou non de la fin ?
Pour illustrer cela je vais vous rappeler le rêve de Sonia Chiriaco qui a abouti à une nomination d’AE :
« … l’analysante doit subir une opération qui consiste à ouvrir le couvercle de son crâne pour en extraire quelque chose, le fin mot, se dit-elle, mais quel est-il ? Lui revient qu’elle a ramassé des coquillages et parmi eux des ormeaux, pour les exposer, sous forme de tableau, sans leur coquille, au public de l’Ecole.. L’apparition de ce signifiant incongru « ormeau » qui présente d’abord sa face hideuse, mollusque dénudé et répugnant, va se décliner en  or-mot le mot en or, le mot précieux et son envers, « mort », signifiant-maître contenu dans la formule du fantasme, et jusqu’aux « hors mots », qui , comme j’ai pu dire, le rendre dérisoire, faisant exploser le mot lui-même et rendant vains tous ces mots auxquels le sujet s’est accroché, notamment dans son analyse » (Sonia Chiriaco, soirée des AE ; La Cause Freudienne 78, p.128)
Je m’en tiendrais à l’énoncé pur du rêve. On y entend la rencontre avec l’horreur innommable,  « hideuse », «répugnante », la butée qui marque la limite du sens du rêve et pointe ce que Jacques-Alain Miller nomme «  l’inconscient réel », un S1 sans S2. C’est la limite de ce qui peut être lu qui s’entend là ; l’ombilic du rêve, ce qui ne peut s’écrire. En ce sens le « choix » du mot « ormeau » est remarquable.
Le désir du rêve de Freud est, non pas tant un désir de déculpabilisation comme déjà vu, mais un désir de trouver une réponse à l’énigme du désir de la femme, une formule qui ne serait pas une injection sale. Le désir de Freud qui se dessine dans ce rêve, est un au-delà du désir de savoir, un désir qui ne serait écrasé par sa furor sanadi ,  une passion orientée vers un réel comme le dit Lacan :  « Aucune praxis plus que l’analyse n’est orientée vers ce qui, au cœur de l’expérience, est le noyau du réel » ( Jacques Lacan, le Séminaire livre XI, p 53) ce que le nom d’ombilic représente.
Alors ? Irma rêve de fin d’analyse ? Nous dirions plutôt rêve de passe.











9/4/16

"نحن نحب ذاك الذي يجيبنا على سؤالنا "من أكون!؟""



J-A Miller

مقابلة مع المحلل النفسي جاك الين ميلير منذ اوكتوبر العام 2008 كانت نشرت في الطبعة الفرنسية لمجلة العلوم النفسانية  "Frensh Edition Of Psychologies Magazine" ; ونشرت ترجمة انجليزية لها في "HURLY - BURLY" دورية المدرسة اللاكانية الجديدة (New Lacanian School) , الصادرة في  آذار 2011 .
ج.أ. ميلير هو أحد أبرز المحللين النفسيين الناشطين في حقل التحليل النفسي حاليا, إن لم يكن أبرزهم على الإطلاق وذلك بفضل تحديثاته النظرية وقراءته المميزة والأصيلة لنصوص جاك لاكان والتي هو وريثها القانوني بحسب وصية لاكان نفسه.
الترجمة لخليل سبيت, اختصاصي نفسي عيادي ومحلل نفسي عضو المدرسة اللاكانية الجديدة.
هانا وار – هل يعلمنا التحليل النفسي شيئا عن الحب؟
جاك ألين ميلير – الكثير الكثير, فالحب هو المحرك الرئيسي في التجربة التحليلية. ذلك أمر متعلق بالحب اللاواعي والفوري على الأغلب الذي يجلبه المتحلل للمحلل, وهو ما يسمى بالتحويل (Transference). إنه حب مبتدع, الا انه مصنوع من ذات المادة التي للحب الحقيقي. وهو يلقي الضوء على آلية (ميكانيزم) الحب: فالحب يوجه الى من تعتقد أنه يعرف حقيقتك الفعلية. انما يجيز لك الحب أن تعتقد انه من الممكن ان تكون تلك الحقيقة محببة أو مقبولة في حين أن تحمّلها صعب للغاية, في واقع الأمر.
إذا ماذا يعني أن نحب حقا؟
أن تحب شخصا ما حقا يعني أن تؤمن أنك ومن خلال حبه, ستصل الى حقيقة ذاتك. نحن نحب الشخص الذي يحمل الجواب أو جوابا لسؤالنا : "من أكون !؟".
لم يعلم البعض كيف يحب بينما يجهل الآخرون ذلك؟
يعلم بعض الناس كيفية استثارة الحب عند الآخرين,  عند سلسلة من المحبين, ان جاز التعبير, رجال و نساء على حد السواء. هم يعلمون علي أيٍ من الأزرار عليهم الضغط, لكي يحظوا بالحب. ولكن ليس بالضرورة ان يحبّوا هم أيضا, فعلى الأغلب هم يمارسون لعبة القط والفأر مع فريستهم. لكي تحب عليك أن تعترف بنقصك, وان تسلّم بانك بحاجة للآخر, بأنك تفتقده أو تفتقدها. اولئك الذين يشعرون بالاكتفاء مما لديهم, أو من يسعون لذلك, يجهلون كيف يحبوا. وفي بعض الأحيان يُقِّرون بذلك مع بالغ الألم. فهم يتلاعبون ويشدون بالخيطان ويرقصون على الحبال, اما عن الحب فانهم لا يعرفون شيئا, لا عن مخاطره ولا عن بهجته.              
مكتفون بما لديهم : فقط الرجل بامكانه التفكير على هذا النحو
صياغة رائعة! غالبا ما قال لاكان: " ان تحب هو ان تعطي ما ليس بحوزتك". وذلك يعني: ان تحب هو ان تدرك نقصك وان تعطيه للآخر, ان تسلّمه للآخر. لا يدور الحديث هنا عن ان تعطي ما تمتلك, كممتلكات وهدايا, وانما نتحدث عن عطاء شيء مختلف انت لا تملكه, شيء يكون ما عبرك. ولكي تفعل ذلك عليك ان تفترض نقصك, أو "خصاؤك" كما كان يقول فرويد. وهذا بالضرورة أنثوي. فالمرء يستطيع ان يحب حقا فقط من وضعية أنثوية. الحب يؤنث. ولهذا السبب يكون الحب دائما كوميديا نوعا ما عند الرجل. ولكن اذا ما استولى عليه الخوف من ان يكون في موضع سخرية جراء ذلك, عندئذ يكون الرجل في حقيقة الأمر غير واثق من رجولته.
هل الحب أصعب لدى الرجال اذن؟ 
نعم بالتأكيد! فحتى لدى الرجل العاشق هنالك ومضات كبرياء وغطرسة وانفجارات عنف تجاه موضوع حبه, لأن ذلك الحب يضعه في وضعية عدم كمال, اتكال وعدم استقلالية.  ذلك هو السبب في انه يستطيع ان يشتهي امراة لا يحبها, لكي يستعيد الوضعية الرجولية التي يعلقها أو يعيقها عندما يحب. لقد سمى فرويد هذا المبدأ, "تخفيضات الحياة الحبية" عند الرجال: ومفاده الفصل ما بين الحب والرغبة الجنسية.
وماذا عنه عند النساء؟
ان ذلك أقل شيوعا لدى النساء.  ففي أغلب الأحيان هنالك مضاعفة لدور الشريك الذكر. فهو الرجل الذي يكسبهن التلذذ والذي يشتهينه من ناحية, ولكنه ايضا  الرجل الحبيب, والذي يمر بسيرورة تأنيث وخصاء بالضرورة. فقط يجب ان نذكر ان ليست الأناتوميا هي من يتبوأ موقع الريادة: فهنالك جزء من النساء ممن يتبنين الموقف الذكوري. وهنالك تزايد في عددهن. لديهن رجل يحببنه في البيت؛ ورجل آخر للتلذذ, يلتقين به في الشبكة الالكترونية, في الشارع أو في القطار....
كيف حصل هذا التزايد في عددهن؟
افكار نمطية اجتماعية – ثقافية حول الأنوثة والذكورة تشهد سيرورة تحول جذري. فالرجال يُدعَون للأِنفتاح لمشاعرهم ,  لأن يحبوا ويؤَنّثوا أنفسهم ؛ والنساء بالمقابل يعبرن نوعا من "الدفع باتجاه الرجولة" : فباسم المساواة القانونية يدفعن لان يقلن باستمرار "وأنا أيضا". في الوقت نفسه, يطالب المثليّون بنفس الحقوق والرموز التي تحظى بها الأزواج الجنسية المختلطة , كالزواج والتبني. وعليه, هنالك عدم استقرار كبير في الأدوار, وميوعة بالغة في مسرح الحب تتعارض مع الثبات الذي كان في الماضي القريب.  لقد اصبح الحب "سائلا", كما اشار عالم الاجتماع زيجموند باومن. فعلى الجميع ان يبتدعوا "نمط حياتهم" الخاص, أن يأخذوا على عاتقهم نمط  تلذذهم الخاص ونمطهم الخاص في الحب. رويدا رويدا أصبحت السيناريوهات التقليدية نافذة الصلاحية. لم يختف الضغط الاجتماعي للتماشي مع المقبول وللخنوع أِلا انه في انحسار.
"الحب دوماً متبادل" قال لاكان. هل ما زال ذلك صحيح في وقتنا الراهن؟ وماذا يعني ذلك؟
تُعاد هذه المقولة مرة تلو الاخرى دون أن تفهم أو أنها تفهم على نحو معكوس. لا تعني المقولة بأنه يكفي أن تحب شخصا ما حتى يبادلك الحب هو بالتالي أيضا. أن ذلك سخيف وغير معقول. أنما تعني المقولة : "أن كنت أحبك, فذلك لأنك جدير بذلك. نعم انا هو من يحب, الا انك انت ايضا مرتبط بذلك, ذلك أن هنالك شيئا ما بك يجعلني احبك. انه متبادل لان هنالك الذهاب والأياب : أن حبي لك هو الأثر العائد لسبب الحب الذي تشكله انت بالنسبة لي. على هذا النحو أنت متورط. حبي لك هو ليس شأني أنا فحسب وأنما هو شأنك انت أيضا. حبي لك يقول شيئا عنك ربما تجهله أنت بنفسك". أن ذلك لا يضمن حتّى , أن يستجاب حب شخص معين بحب الطرف الآخر: عندما يحصل ذلك يكون الأمر على الدوام ضرب من الأعاجيب, ولا يمكن حسبان هذا الأمر مسبقا.
نحن لا نجد "الواحد الوحيد" بالصدفة. لم هذا الشاب؟ لم تلك الفتاة؟
ذلك ما دعاه فرويد Liebesbedingung , شروط الحب, سبب الرغبة. انه ميزة خاصة - او جملة من الميزات -  والتي لها عند الشخص وظيفة حاسمة في اختيار الحبيب. ان ذلك ينفذ تماما من قبضة علم الاعصاب, لانه امر مميز وخاص عند كل شخص, وهو خاضع لتاريخه العاطفي الفريد. ميزات صغيرة جدا او تافهة تلعب  دورها احيانا. على سبيل المثال,  أفرد فرويد عند أحد مرضاه سبب الرغبة وقد كان ذلك لمعة في أنف امرأة !.
من الصعب الايمان بحب يشاد على تفاهات كتلك
ان واقع اللاوعي يتجاوز الخيال. فليس بمقدورك أن تتصور الى اي مدى تشاد الحياة الإنسانية وخاصة حين تتعلق الامور بالحب,  على أشياء صغيرة , على طرف شعرة, على "تفاصيل ربّانية". صحيح انك تجد عند الرجال بالمقام الأول اسباب للرغبة على هذا النحو, والتي تشبه أفتاش (fetishes ) لا بد من وجودها لإشعال فتيل الحب. تفاصيل صغيرة, تذكّر بأبيها , أو بأمها , بالأخ , بالأخت أو بشخص ما من الطفولة , تلعب دورها أيضا في اختيار المرأة لموضوع الحب (love object) إلا أن النمط النسوي في الحب هو أقرب للإروتومانية منه الى الفتشية : فالنساء يردن ان يكنّ محبوبات. وهمّهن, الحب الذي يظهرهنّ, أو الذي يتوقعنه من الشخص الآخر, هو شرط لا غنى عنه لاستثارة الحب عندهن او على الأقل لنيل موافقتهن. هذه الظاهرة تكمن في جذر ظاهرة الدردشة بين الرجال والنساء.
ألا تنسب أي دور للتخييلات (الفانتازيا)؟
للتخييلات , واعية كانت أم لاواعية, دور حاسم لدى النساء على وضعية التلذذ اكثر مما لها في اختيار موضوع الحب. وذلك نقيض ما نجده لدى الرجال.  فعلى سبيل المثال, قد يحصل ان تصل امرأة إلى التلذذ – دعنا نقول الى حالة النشوة - خلال عملية الجماع , فقط في حال تخيلت انها تتعرض للضرب, أو تغتصب, أو إذا تخيّلت أنها امرأة اخرى , او حتى أنها في مكان آخر ,  أنها غائبة.
والتخييلات (الفانتازيا) الذكورية؟
إنها تبرز للعيان كثيرا في الحب من النظرة الأولى. المثال الكلاسيكي, والذي أشار اليه لاكان, موجود في رواية غيتيه, في الشغف المفاجئ لليافع فيرتير بشارلوت, في اللحظة التي رآها فيها لأول مرة, تطعم حشدا من الأولاد المجتمعين حولها. في هذا المثال, ميزة الامومة في المرأة هي التي أشعلت الحب. مثال آخر مأخوذ من عيادتي, وهو التالي: مدير في الخمسينات من عمره يقابل متقدمات لمنصب سكرتيرة ؛ شابة في العشرين من عمرها تدخل ؛ وفي الحال يُعلن المدير عن حبه. تملكه الإستغراب مما استحوذ عليه وتوجّه لتحليلنفسي.  وهناك, أزال الستار عن المحفّز: فلقد التقى بصفات فيها ذكّرته بما كان هو عليه في سن العشرين, عندما توجّه لأول مرة لمقابلة عمل. بمفهوم معين, كان قد وقع في حب نفسه. في هذين المثالين بإمكاننا أن نرى جانبي الحب الذين ميز بينهما فرويد: فإما أن تحب الشخص الذي يحميك, وفي هذه الحالة الأم, أو أنك تحب الصورة النرجسية لذاتك.
يبدو من ذلك وكأننا دمى!
كلا, فبين الرجل والمرأة, ما من شيء مكتوب مسبقا, فلا توجد بوصلة, ولا توجد علاقة مبنية من قبل. ان اللقاء بينهم غير مبرمج, كما هو الحال ما بين الحيوان المنوي والبويضة؛ ولا يمت ذلك بأي صلة للجينات. الرجال والنساء يتكلمون, وهم يعيشون في عالم الخطاب, وهذا هو الأمر الحاسم. إن أنماط الحب حساسة بشكل بالغ للثقافة المحيطة. وكل حضارة تتميز بالشكل الذي تنظم فيه العلاقة ما بين الجنسين. في هذه الآونه, ما هو حاصل في الغرب, في مجتمعاتنا الليبرالية, مجتمعات السوق والقضاء , ان "التعدد" ماض بالتأكيد في طريقه للإطاحة "بالواحد". النموذج المثالي "للحب العظيم الدائم مدى الحياة" يتخلخل تدريجيا في مواجهته مع اللقاء السريع, والحب السريع والأسطول الكامل للسيناريوهات الغرامية البديلة , المتتالية والمتزامنة حتّى.
وماذا عن الحب طويل الأمد؟ الأبدي؟
قال بلزاك: " قبيح كل شغف غير خالد", . ولكن هل من الممكن ان يصمد الرباط مدى الحياة على صعيد الشغف. فكلما كرس الرجل نفسه لامراة واحدة فقط , كلما مالت لأخذ مدلول أمومي بالنسبة له : فتغدو أكثر سموا وغير ملموسة من كونها حبيبة. المثليون المتزوجون يطورون هذه النزعة تجاه المرأة على امثل نحو: أنشد أراغون حبه لإيلسا؛ وفور موتها كانت "سلام يا أولاد"!. وعندما تتشبث المرأة برجل واحد, فإنها تخصيه. اذا, الممر ضيق جدا. ان أفضل قدر للحب الزوجي هو الصداقة, وهذا بالاساس ما قاله ارسطوطاليس.
المشكلة في ان الرجال يقولون بانهم لا يفهمون ما تريده النساء, والنساء لا يفهمن ما يتوقعه منهن الرجال.
نعم. إن ما يتعارض مع الحل الأرسطوطالي هو في حقيقة ان التحاور ما بين الجنسين غير ممكن, وهذا ما قاله لاكان بلَوعة.
ان قدر العاشقين, في واقع الأمر, أن يمضوا قدما في تعلم لغة الآخر الى أجل غير مسمى, أن يتلمسوا طريقهم, وأن يبحثوا عن المفاتيح – مفاتيح قابلة للكسر على الدوام. الحب متاهة من اساءات الفهم وما من منفذ للخروج من ذلك.             


                             


31/3/15

Twingo-Bruno de Halleux

(11,231 signs)


When, in the nineteen-nineties, Jacques-Alain Miller proposed entry to the School through the Pass, I got started without a moment’s hesitation! Since then, I had in mind that I would never present myself for the Pass. Firstly I felt that I was too old! Lacan wanted the Pass to be a springboard to enable the young to bridge in a single step that which older people take years to cross. I had surpassed the age.

Next, because I felt that I was too neurotic! My entanglements with my father - that stubborn stage in my analysis - were so great that I was of the opinion that I would never escape them. I authorised myself to receive patients as an analyst despite this uncrossed obstacle. I knew it. I accepted it.

As well, no doubt, because I was too satisfied by a secret jouissance that I derived from this position of refusal towards the procedure of the Pass. The School impressed me, certain of its members are very brilliant and induce inhibition and aggressivity in me in return. No! Definitively no! I no longer wanted to present myself for the Pass.

But analysis caught me. Here is how... The following proceeds in three stages, and concludes with a dream.


Clenched fist

The first stage. Juliette, my wife, interpreting an oft-repeated phrase: “I don’t want the Pass”, hit the nail on the head: “But it’s what you’ve been dreaming of!”

The second. By way of the analyst’s desire, this never ceases to remove me from the narration, from the signifying chain, from the transference. At the end of the funnel that I was sucked into more with each passing session, appears the drive that precipitated me to acknowledge the end.

In order to unfold the third stage, I must first provide the context. Ten years ago, in Buenos Aires, I was sharing an apartment with two AME of the School. During a meal, one of them teased me: “It’s the first time that I’ve had breakfast with a noble!”

Since then, in supervision with her, I told her of my decision to submit myself to the procedure of the Pass and confided in her my fears, in the case of a nomination, of having to face the brilliant members of the School; these members who awoke in me a certain aggressivity, in the vein of: “they believe in it”. I lowered my voice: “I call them the barons of psychoanalysis.” She burst out laughing, encouraged me to analyse it, and showed me out.

That night I dream.

I dream that I go to the house of a lady, baroness of her state, who has played an important role in my childhood. I am pedaling, because I am on my bicycle, and suddenly, for no apparent reason I feel restricted; so restricted that the bicycle stops. A Twingo arrives, which instead of passing by, stops beside me. A man gets out, seemingly drunk, and makes sweeping movements with his arms to the point that I only just avoid being hit as he swings them in all directions. I associate this man with a cousin, the same age as me, with whom I played a great deal as a child. He is also a baron.

I want to escape. I get on my bicycle and pedal furiously, but am once again stuck with this bicycle which inexplicably brakes. The man comes straight at me, ready to strike. He wants to throw himself at me, and instead of avoiding him and running away as prudence would advise, I clench my fist. At the moment that he swings at me, I throw a punch at his face and scream “NO” so loudly that I wake my wife, my daughter, and my son.

End of the dream; nightmare I should say, seeing that this dream woke me, along with my family. Surprise! The dream answers to my fears submitted a few hours earlier during supervision. The barons, I will smash their faces in.

First thing the next morning, I telephone Catherine Lazarus-Matet, secretary of the Commission for the Pass. What has happened? What to draw from this dream, from its signifiers which each make a chain with the pieces of my story?

Thus: “Twingo” is a signifier that comes directly from my father. He held throughout his career, a managerial position in an automobile company. This signifier Twingo condenses numerous meanings: that of twinning, of a brother to whom I remain inexplicably close despite very different interests; that of the English language, in which my mother dressed her secrets; that of my son who, at the time I had the dream, amused himself by counting the yellow Twingos that we passed on the road.

My bicycle inexplicably braking. I associate this braking with my position, always in the shadows in regard to the School, with analysis, with my clinical work as an analyst. As if I could only be in the second line of the School, engaged, but not entirely, with a certain reservation.

Then this terrible punch. It is this that bears witness to a radical change. Smashing someone’s face is not my style. My approach to the Other has always been soft, convivial, and in the belief that a dialogue is always possible. The punch, the “no” that I shouted, signals a radical mutation in my subjective position. The Pass, that is it, it is no longer a matter of taking shelter, it is a matter of facing up.


To be seated at the right hand of the father

My family history is a series of missed encounters with the father. He did not want children, he said as much to his wife. My birth was unexpected. At the hospital in a colonial town in Africa, nobody suspected that my mother was carrying twins, and once my brother was born, she was left alone, exhausted by the birth of the first twin. She had to manage unaided with the second. Thus I was born with the cord strangling me, my life saved only because a nurse miraculously happened to be passing by. I was the “miracle baby” along with everything that it entails to be a son to his mother, a son that finds himself delighted to occupy the place of the maternal phallus.

Ravishment in relation to the mother, failure in relation to the father. The price to pay for occupying the place of a darling son was the distance from a father that my mother said was jealous, angry, and who, every time I opened my mouth to say something, scolded or silenced me because he considered that children do not have the right to speech.

This start in life has shaped a fantasy that little by little has revealed itself to me as the following: I had to hollow out (לרוקן את התוך) the lack in the paternal Other and even simply the Other, such that he recognises me, desires me, invites me to sit at his right hand. I had to meet his supposed ideals: priesthood; wealth; fame.


Hollow out the lack in the Other! “The first object [that the child] offers to this parental desire [...], is his own loss - Does he want to lose me?”, said Lacan in Seminar XI. “The fantasy of his death, of his disappearance, is the first object that the subject has to put in play in this dialectic”.  This is what I had unceasingly put into practice in my fantasy scenarios: flee the scene, which is to say eject myself, either in a soft way (efface myself, annul myself, disappear without a word) or in a harder way (blow myself up, burn myself out). More than once, I failed to balance my psychoanalysis, my work, my family. Each time, the analyst allowed me to see the phantasmic stakes of such a wish.

In the relentless pursuit of a benevolent father, I have met along the way a whole series, of which the common trait has been their status of priesthood (actual or past). I had noticed an infatuation on the part of my mother for one of her brothers-in-law; monk, university professor, and thinker. All these substitutive fathers condensed knowledge, action - the creation in Belgium of analytical institutions or universities - and the priesthood.

Struggling and exhausting myself to make myself welcome by the protective hand of a father, I finished by choosing an analyst for whom I have always had a massive transference because he embodies an overwhelming desire and beyond that, he has a way all of his own to dismount all the “barons” I suppose at his court.

With him, and for the first time, despite a lengthy prior analysis, the father that I had constructed was being breached. The battering he dealt to the figure of the father toppled him from his pedestal, but it was only a postponement; barely had he fallen, I installed my analyst on the father’s throne.

One of his interventions shook me considerably. Clinging to the hope of a benevolent gaze, of a welcoming word, of a privileged place, and complaining once again of my feeling of invalidity, of incompetence and of a flagrant lack of self-esteem, he threw in a statement, unthinkable for me: “Halleux, I think well of you!” He told me what I had been waiting for above all, and what I had dreaded the most. Touched to the bone, I fled in tears. If he, the greatest in my eyes, the loving father, idealised, the master of knowledge, tells me that he thinks well of me, my entire phantasmatic functioning is wiped out, broken down. How to continue to believe in an ideal father if this one here tells me that, in effect, I am at his right hand, recognised, loved. The place of the father was emptied, hollowed out. However, despite this daring intervention, I continued to give my analyst an overly-dense consistency, too massive, too smooth.


Taking account of the signifier itself

 I decided to leave him, and take up with a new analyst, my last sprint to the finish. It took two years. A strange symptom emerged during this decisive final leg. The least association which brought me back to my father, to his function, to his image, even to his reality, precipitated a flood of tears. It is difficult to speak when words are substituted by tears, I could no longer say a word! It was paralysing.

Irritated by the tears which appeared from one session to the next, I asked my analyst the meaning of this symptom. Why these tears? Her response surprised me: “Tears,” she told me, “are very mysterious!” Put another way, the response offered no second signifier which might come back on the first - tears - to give it a meaning, and therefore allow me to take up again the infinite chain of associations. The response, which did not adjoin me again to the signifying chain, pressed me to acknowledge the signifier all alone.

So things are closing in. In this position of powerlessness particular to my fantasy, the analysis progressively brought me to see the empty place of the father, his non-existence, this fiction of the father, which I did not cease to suppose too consistent. In a position of powerlessness in my belief in the father, in dialogue, in harmony possible between men, I acknowledge an impossibility: no second signifier will ever explain my master signifiers.

My very numerous tears shed with my final analyst doubtlessly came from the time required to extract this object of jouissance which supported my phantasmic position. If the place of the father is empty, the very motor of my fantasy loses its object. A reduction occurs, first in my fantasy, then in my symptoms. 
A new operator appears in my everyday life: my family, my conjugal life, l’Antenne 110, my patients, l’École de la Cause freudienne. In each of these domains, a resolute desire pushes me forward. It no longer suffices to dawdle,(למשוך זמן) to pussyfoot(ללכת על קצות האצבעות) around, to postpone the moment when finally I put myself forward, it is a matter of going there, to go without yielding to anything, like this beautiful dream tells me so precisely in English: Go twin, Twin-go!



Translated by James Snowden

טקסט של Bruno de Halleux מתוך ה-Scilicet

שלוש התערבויות של האנליטיקאי שלו,


5/3/15

Pour introduire l’effet-de-formation-Jacques-Alain Miller




Massimo Parizzi,
Repères
A.    Détachement de l’effet


Le titre du prochain Congrès de l’AMP à Bruxelles détache comme tel l’effet-de-formation. Quelle valeur a ce détachement de l’effet ? *
1.   On admet que quelque chose comme un effet-de- formation a lieu, et on l’admet comme une donnée de fait ; on suppose un sujet opérant comme analyste parce que rendu apte à le faire ; autrement dit, on suppose qu’il est possible de mettre un sujet en condition d’opérer comme analyste.

2.   De cet effet admis comme une donnée de fait, on veut cerner la cause, voire les causes. C’est pourquoi le sous-titre, dont se complète le titre choisi, indique : « ses causes ». Détacher de l’effet a pour conséquence de le séparer d’avec ce qui le détermine. Quand on met en exergue un effet, c’est que l’on admet qu’il y a une béance entre lui et sa cause, que l’effet conserve quelque chose d’une surprise, qu’il n’est pas du même ordre que sa cause, qu’il ne s’ensuit pas de celle-ci linéairement, et sans solution de continuité. Nous admettons l’effet comme empiriquement constatable, nous en cherchons les causes comme hypothétiques, sans préjuger quelles elles sont.
Détacher l’effet-de-formation est admettre implicitement qu’il n’y a pas d’automatisme de la formation analytique ; nous ne trouverons pas un mécanisme ; nous ne le cherchons pas ; nous faisons sa place à la contingence. C’est pourquoi le sous- titre indique non seulement « ses causes », mais aussi « ses lieux », laissant ouverte la question de savoir où, en quels lieux, s’effectue la formation.

La contingence comme la multiplicité des causes et des lieux de formation, la complexité de leur articulation laissent présager que l’on trouvera à l’effet un caractère paradoxal ; c’est pourquoi nous mentionnons également dans le sous-titre : « ses paradoxes ».


B.  Équivoque de la cause


Si nous détachons « l’effet-de-formation », c’est que la causalité en jeu dans la formation analytique nous apparaît   d’emblée   n’être   pas   univoque.   Nous


n’envisageons pas de détailler une méthode de formation. Comment se forment les analystes ? La réponse sera donnée au niveau de la description. La prescription en cette matière pourrait bien n’être qu’une utopie. S’il faut cependant en arriver à la prescription, que ce  soit  dans  l’esprit  de  Renan (« Vie de Jésus ») : « Pour obtenir moins de l’humanité, il faut lui demander plus. »

C.  Panoramique


Donnons l’arrière-plan de la question, étendons-le.
1.         La formation ne concerne pas que le psychanalyste. On forme à de nombreuses pratiques spécialisées, celle du professeur comme celle du pompier ou du psychiatre. On forme à un très grand nombre de pratiques. Ces formations ont évolué au cours du temps, elles ont leur histoire, certaines sont susceptibles mieux que d’autres d’éclairer ce qui fait le propos de la formation du psychanalyste.

2.   En arrière-plan, on trouve également la question de l’éducation comme telle, depuis les soins jusqu’aux formes les plus élevées de la culture. Paidea et Bildung sont à convoquer.
3.   La formation est fonction de la civilisation ; c’est dire si l’enquête historique est vaste.

D.  De la formation à la « transformation »




La question de la formation est toujours plus subtile quand sa fin n’est pas seulement d’obtenir l’acquisition de savoirs, mais aussi l’apparition de certaines conditions subjectives, une transformation de l’être du sujet. Cela se présente aussi bien quand il s’agit du psychanalyste que de l’opérateur religieux, le prêtre, ou encore du magicien, du sorcier.
Il convient aussi d’inclure la formation à la sagesse, aussi bien dans ses formes antiques, gréco-romaines, que dans ses modalités orientales. Il y a par exemple une formation Zen, ascèse dirigée par un maître, et il s’agit essentiellement d’obtenir une transformation subjective, sans transmission d’aucun savoir spécialisé (sous le signe de S1, le bâton, non de S2).

E.  Le point de fuite

On distinguera toujours, dans la formation, contenus épistémiques et mutation « psychique ». Lorsqu’une





formation exige la mutation psychique, elle comporte un point de fuite.

Il y a les  formations à point de fuite, il y a les formations sans. La transmission épistémique est vérifiable par des examens, des épreuves standardisées, tandis que la vérification des formations à point de fuite est plus problématique.

Même les formations ordinaires, voire les plus ordinaires, comportent toujours l’idée que la formation transmet une manière, un esprit, s’accomplit dans le surgissement d’une nouvelle nature de l’individu : être un « vrai » (x).

L’obtention d’une mutation psychique par formation suppose toujours la mise à distance des contenus épistémiques. C’est un grand topos de la tradition humaniste.

F.  Relisons Sénèque


Prenons la lettre 88 de Sénèque à Lucilius. « Tu désires, écrit-il à Lucilius, savoir ce que je pense des arts libéraux : ces arts doivent être nos études élémentaires et non nos vrais travaux. Tu sais bien pourquoi on les appelle études libérales : parce qu’elles ne sont pas indignes d’un homme  libre, mais alors à ce compte, la seule qui est vraiment libérale est celle qui le fait libre. C’est la sagesse, étude courageuse, généreuse, le reste n’est que petitesse et puérilité. »

Une note de mon édition précise que les arts libéraux ont pour Sénèque une définition plus étroite  que celle commune de son temps : ce sont pour lui les arts du raisonnement. Elle précise encore : « Le grammairien maître d’école est souvent un affranchi, voire un esclave, qui donne  un  enseignement libéral. » Elle signale fort heureusement : « Ces maîtres de petite origine passaient pour séduire souvent les garçonnets à eux confiés. Trouver un maître non pédéraste était un problème pour les familles. Dans leurs épitaphes, certains maîtres se prévalent d’avoir été chastes. Ils tenaient donc une école pour familles de distinction. »


Sénèque énumère dans cette longue lettre les arts et les sciences, pour les disqualifier au regard de la sagesse : « Tous ces savoirs que tu peux apprendre, Lucilius, ne comptent pas au regard de ce qui vaut seul vraiment, l’acquisition de la sagesse, et savoir distinguer le bien et le mal, et se tenir comme il faut dans la vie. »


Sénèque dit alors une très belle phrase, qui inspire la problématique humaniste, et dont on retrouve le paradoxe dans les énoncés de Lacan sur la formation analytique : « Tous ces savoirs, il faut non les apprendre, mais les avoir appris. » C’est une condition préalable. C’est toujours au passé, comme on dit toujours des classiques, qu’on les relit, jamais qu’on les lit. C’est une activité sans première fois ; la formation qui vaut commence toujours après. L’apprentissage n’est pas la formation ; il  la précède ; la formation vraie consiste toujours à savoir « ignorer ce qu’(on) sait » 1.

La formation a toujours pour but une perfection ; la formation stoïcienne a pour but la perfection de l’âme : « L’unique chose qui puisse conduire l’âme à la perfection, c’est l’immuable science du bien et du mal. Or, nul autre art n’a la recherche des biens et des maux pour objet, sinon la philosophie entendue comme sagesse. »

Le rejet de tous les savoirs au regard de la sagesse n’est pas un scepticisme ; Sénèque ne rejette pas moins le savoir de ceux qui enseignent que le savoir n’est rien : « Relègue ce fatras dans le tas des choses inutiles qu’enseignent les arts libéraux. » Sénèque n’enseigne pas qu’il n’y a rien à savoir, mais que le savoir n’est rien en comparaison de la sagesse.


G.  La zone extime


Nous ne sommes pas ici dans des extravagances. Ce n’est pas ici une ces sagesses orientales dont on a bien du mal à ressaisir l’exact fonctionnement. C’est le mainstream de l’humanisme occidental, saisi dans la Rome impériale à un point la doctrine de la formation est déjà formalisée.

La même logique se retrouve dans la doctrine la mieux assentie de Lacan, qui met au centre de la formation de l’analyste sa propre analyse. C’est une zone défaillent les savoirs qu’on enseigne par la voie extérieure.

Pour situer les choses, traçons un cercle. Plaçons au centre un cercle plus petit représentant la zone extime, qui est celle de l’analyse, avec son terme, dit passe.

Sur son pourtour, inscrivons les savoirs qui sont susceptibles d’être acquis par les moyens ordinaires.

Parmi les savoirs périphériques à la zone extime, il y a aussi bien « les sciences affines » que le savoir



1

LACAN J., « Variantes de la cure-type », Écrits, Seuil, Paris, 1966, p. 349.